Musique

e voici rembarqué sur la mer amoureuse,
Moi pour qui tant de fois elle fut malheureuse,
Qui ne suis pas encor du naufrage essuyé,
Quitte à peine d’un voeu nouvellement payé.
Que faire ? mon destin est tel qu’il faut que j’aime
On m’a pourvu d’un coeur peu content de lui-même,
Inquiet, et fécond en nouvelles amours :
Il aime à s’engager, mais non pas pour toujours.
Si faut-il une fois brûler d’un feu durable ;
Que le succès en soit funeste ou favorable,
Qu’on me donne sujet de craindre ou d’espérer,
Perte ou gain, je me veux encore aventurer.
Si l’on ne suit l’Amour, il n’est douceur aucune :
Ce n’est point près des rois que l’on fait sa fortune ;
Quelque ingrate beauté qui nous donne des lois,
Encore en tire-t-on un souris quelquefois ;
Et, pour me rendre heureux, un souris peut suffire.
Clymène, vous pouvez me donner un empire,
Sans que vous m’accordiez qu’un regard d’un instant :
Tiendra-t-il à vos yeux que je ne sois content ?
Hélas ! qu’il est aisé de se flatter soi-même !
Je me propose un bien dont le prix est extrême,
Et ne sais seulement s’il m’est permis d’aimer.
Pourquoi non, s’il vous est permis de me charmer ?
Je verrai les Plaisirs suivre en foule vos traces,
Votre bouche sera la demeure des Grâces,
Mille dons près de vous me viendront partager ;
Et mille feux chez moi ne viendront pas loger !
Et je ne mourrai pas ! Non, Clymène, vos charmes
Ne paraîtront jamais sans me donner d’alarmes ;

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